Cette initiative s'inscrit dans le projet éditorial de l'association L'Image au Bout des Doigts (LIBD), qui développe une collection de bandes dessinées et de romans graphiques destinée à accompagner l'apprentissage de la lecture tactile chez les jeunes déficients visuels.
Chaque titre correspond à un âge et à un niveau de lecture : une première BD pour les enfants débutant le braille (niveau CP), puis une série de récits graphiques adaptés aux élèves de primaire, collégiens et lycéens, avec des histoires qui leur parlent.
La compétence tactile s'affine ainsi progressivement, tant au fil de la collection qu'au cœur de chaque ouvrage
Dans ce cadre, Le Totem des Chimères constitue une première mondiale : un manga bigraphique conçu pour les lecteurs malvoyants et non-voyants. Il permet une lecture à la fois visuelle et tactile et a été pensé pour être lu en autonomie par les lecteurs en situation de handicap visuel.

> Couverture

> Nombre de pages, reliure wire’o, 00 exemplaires



Le projet réunit les talents d'illustrateur et de scénariste du duo Alexandre Ilic et Nicolas Musique, tous deux auteurs de bande dessinée, dont les deux tomes de Sombre Sel. Alexandre Ilic est également graphiste à l'Institut National des Jeunes Aveugles (INJA) et auteur de récits graphiques à destination des lecteurs malvoyants et non-voyants.
L'ouvrage, édité par l'association LIBD, a reçu le soutien d'Anne Goscinny.
Ce livre graphique reprend les codes du manga dans leur forme la plus fidèle : lecture de droite à gauche, narration séquencée, dessin inspiré des codes graphiques japonais.
Mais il ne s'agit pas d'une simple adaptation. Le projet repose sur une intention plus profonde : faire de la sémiologie tactile un langage propre au service du récit.
Dès les premières étapes du projet, nous avons accompagné les auteurs afin de rendre possible cette ambition éditoriale, en faisant dialoguer l'intention narrative avec les contraintes de conception et de fabrication.
Notre intervention a porté sur les choix techniques de l'ouvrage, la transcription braille ainsi que l'impression, le gaufrage et la reliure réalisés dans notre atelier graphique.
Notre rôle a consisté à transformer une intention — faire du toucher un véritable vecteur de récit — en un ouvrage éditable, manipulable et lisible, fidèle aux intentions graphiques et narratives des deux auteurs.



La lecture tactile cesse alors d'être une simple adaptation ou un outil pédagogique pour devenir un élément constitutif de l'œuvre, au cœur même de son intention narrative.
Rendre possible cette intention impose des choix de conception et de fabrication particulièrement exigeants.
Chaque page a été pensée pour une double lisibilité. Le dessin est traité au trait noir afin d'assurer un contraste suffisant pour les lecteurs malvoyants, et en gaufrage tactile pour permettre une lecture au doigt par les lecteurs non-voyants.
Le texte des phylactères (bulles) est proposé en biécriture : caractères agrandis et braille superposés.
Comme pour tous les ouvrages tactiles à la narration ambitieuse, une difficulté majeure réside dans le gaufrage. S'il crée un relief positif au recto, il marque également le verso en négatif, rendant impossible une impression recto-verso classique.
Or nous voulions que le gaufrage puisse fonctionner en double face tout en respectant le sens de lecture du manga japonais, de droite à gauche.
Nous avons ainsi conçu un système de doubles pages reliées par une spirale métallique de type Wire-O. Les pages sont imprimées sur une seule face, pliées puis assemblées par leurs bords libres.
Ce dispositif permet une lecture parfaitement à plat, les deux mains restant libres pour explorer les images, tout en masquant la face débossée du gaufrage.
Il garantit à la fois la lisibilité tactile de l'ouvrage et le respect des codes de lecture du manga.