Depuis plusieurs années, nous accompagnons le Musée d'Orsay et le Musée de l'Orangerie dans la conception de supports de médiation destinés aux publics aveugles, malvoyants ou non-voyants, et plus largement aux publics empêchés.
Dans l’exposition L’Art est dans la rue, ces planches tactiles prennent place directement dans le parcours. Le visiteur peut s’y arrêter, lire l’image du bout des doigts. Découvrez comment nous avons utilisé notre technique du haut-relief pour faciliter la lecture d’une composition riche.

> Détail : zoom sur tablettes

> Reproduction tactile de l’affiche de Firmin Bouisset



Nous avons imaginé des adaptations tactiles d’affiches illustrées de la belle époque. Les compositions graphiques de ces oeuvres sont particulièrement riches : personnages, typographies, aplats de couleur, détails narratifs. La conception tactile implique un travail d’interprétation : il ne s’agit pas de reproduire l’image, mais d’en proposer une lecture structurée, adaptée à une lecture tactile.
Nous avons choisi la technique du haut-relief que nous avons développée avec le Musée : jusqu’à neuf niveaux de relief sont utilisés, contre trois pour un relief standard, afin de hiérarchiser les éléments de l’image. Ces différents niveaux permettent de distinguer la composition générale, situer les personnages, identifier les détails (produits, messages, textes...) et rendre lisibles les différents plans. L’objectif de la médiation est de permettre aux visiteurs déficients visuels de comprendre l’organisation de l’image tout en conservant la richesse graphique des œuvres.
Chaque support propose également un détail agrandi, positionné dans un cartouche. Selon les œuvres, ce choix met en avant un élément caractéristique : une touche picturale, un motif, un élément de costume ou une typographie. Ce zoom permet d’entrer dans la matière de l’œuvre et de compléter la lecture globale.
Dans le cadre de l’exposition L’Art est dans la rue, plusieurs supports de grand format ont été réalisés. Ils s’appuient sur des œuvres de Firmin Bouisset, Alphonse Mucha, Henri de Toulouse-Lautrec et Clémentine-Hélène Dufau.
L’adaptation de ces affiches repose sur un principe commun : sélectionner et organiser les éléments essentiels de l’image afin d’en proposer une lecture tactile claire, sans chercher à en restituer tous les détails.
Pour l’affiche du Chocolat Menier, réalisée par Firmin Bouisset, la lecture s’organise autour du personnage. La silhouette, la posture et le panier rempli de chocolat structurent immédiatement la compréhension. Quelques repères suffisent à situer la scène en extérieur, notamment les herbes au premier plan, tandis que la répétition du nom de la marque rend perceptible la fonction publicitaire de l’image.
L’affiche représentant Sarah Bernhardt par Alphonse Mucha repose sur une construction très différente. Ici, la lecture passe par le rythme des lignes et la verticalité de la composition. Le costume, très présent, joue un rôle central : il allonge la silhouette et participe à la mise en scène du personnage. Les contours principaux guident le parcours des doigts en s’appuyant sur les lignes caractéristiques de l’Art nouveau.
Avec La Fronde, de Clémentine-Hélène Dufau, c’est la dynamique collective qui prime. La diagonale structure la lecture, notamment avec le doigt pointant l’horizon, tandis que le groupe de femmes est traité comme un ensemble cohérent. Les relations entre les figures — proximité, gestes, interactions — permettent de rendre perceptible cette unité en privilégiant la lecture des liens plutôt que celle des détails individuels. Ceux-ci sont, quant à eux, abordés grâce au zoom, qui permet une lecture plus fine des drapés et des tissus.



> Parcours multisensoriel
Nos outils ont été intégrés dans un parcours multisensoriel : nous avons accompagné la lecture tactile avec des textes en caractères agrandis et braille. Des contenus audio développés par le musée permettent également d’accompagner les visiteurs aveugles ou malvoyants dans la compréhension des œuvres. Cette complémentarité est essentielle : l’image tactile est ici envisagée comme un outil de médiation, au même titre que les mots. Elle propose une autre manière d’accéder à l’image, en complément — ou à la place — du regard, et s’inscrit dans un ensemble de dispositifs pensés pour répondre à des usages et des besoins variés.
Les affiches de la belle époque de l’exposition l’Art est dans la rue par leur composition graphique, leur narration visuelle et leur contexte historique nous ont offert un terrain riche pour l’adaptation tactile. D’avoir transcrit ces images en haut-relief, c’est proposer une autre lecture de l’œuvre, attentive à sa structure, à ses intentions et à la manière dont elle peut être partagée avec des publics différents.
Ce projet s’inscrit dans la continuité de notre travail avec le Musée d’Orsay et de l’Orangerie en conception tactile : adapter des œuvres issues de l’histoire de l’art afin de créer au fur et à mesure des expositions temporaires, une iconothèque tactile accessible pour créer des parcours sur-mesure pour les publics empêchés.